Éditions Geuthner

À propos des Éditions Geuthner

     Les éditions Geuthner, fondées en 1901, publient des ouvrages concernant essentiellement le Proche Orient, le Moyen Orient et l’Extrême Orient. Le champ des disciplines abordées est vaste :


     Notre catalogue est constitué en grande partie d’essais, mais aussi de manuels de langues (soureth, ougaritique, akkadien, sumérien, arabe de différentes régions, persan, égyptien hiéroglyphique, peul, etc.), de récits de voyages, de livres d’art et de dictionnaires.

     Une grande partie de la production est également consacrée à l’édition de textes anciens dans leur langue originale, accompagnés d’une traduction en français et, parfois, de la reproduction des tablettes ou de fac-similés des manuscrits sur la base desquels ils ont été établis. Nous proposons ainsi des textes issus de tablettes ou inscriptions antiques (textes élamites de Suse, textes sumériens et akkadiens de Mésopotamie, textes hittites d’Anatolie et de Cappadoce, inscriptions de Crète minoenne, décrets royaux de l’ancien empire égyptien, etc.), des textes arabes (traités de musique, de politique, de théologie, de médecine, de cynégétique, de reliure de livres, etc.), des textes hébreux, pehlevis, sanscrits, tibétains, syriaques, arméniens et bien d’autres. ?

De l’orientalisme…

     « Le champ scientifique de l’orientalisme est l’étude des grandes civilisations de l’Asie et de leurs extensions africaines. Il couvre les trois quarts de l’humanité. Sa vocation est de s’ouvrir vers ces civilisations, de comprendre, de faire connaître et de valoriser leur immense apport dans tous les domaines des sciences de l’homme comme dans ceux des sciences sociales, mais aussi dans ceux des sciences exactes et de la technologie. L’Orient, proche, moyen ou extrême, nous a apporté dans le passé des connaissances essentielles ».
           - Kristofer Schipper (sinologue, né en 1934)

     Les éditions Geuthner ont été fondées en 1901 sous le nom de ‘Librairie Orientaliste Paul Geuthner’, avec une vocation conforme à cette assertion de Kristofer Schipper. Les travaux des plus grands orientalistes de la première moitié du XXème siècle ont ainsi été publiés et l’on trouve toujours au catalogue des ouvrages d’Ignác Goldziher, James George Frazer, François Thureau-Dangin, Camille Notton, le baron Rodolphe d’Erlanger, le baron Bernard Carra de Vaux, etc.

     Toutefois, la décolonisation, le développement des connaissances sur l’ensemble des langues et cultures du monde, la démocratisation des voyages et des échanges culturels internationaux, le bouleversement des hiérarchies économiques, les évolutions sociales ont profondément modifié le visage de l’orientalisme faisant apparaître de nouveaux questionnements :


     « Existera-t-il toujours un Orient distinct de ma propre existence, et légitimant par cet écart l’intérêt passionné que, sous l’enseigne de la science, je lui voue depuis ma jeunesse ? Tel est le destin de l’orientaliste : il postule pour le meilleur et pour le pire, l’existence trop humaine de l’Orient, c’est-à-dire inévitablement de son Orient à lui, et de l’Orient en lui ».
           - Jacques Berque (1910-1995)

     « Les Arabes reçoivent ces ‘hôtes’ comme des hommes qui, à leur propos, se questionnent eux-mêmes, cherchent et parfois trouvent leur salut ».
           - Abdallah Laroui (né en 1933)

…aux études orientales

     Si l’apport des grands orientalistes du passé constitue aujourd’hui encore une riche source d’information, il nous a semblé important de croiser les regards en donnant la parole à des hommes et à des femmes d’horizons, d’espaces et de sensibilités variés.

     C’est ainsi que depuis 1998, la ‘Société Nouvelle Librairie Orientaliste Paul Geuthner’, outre les quelques rééditions, a mis à profit les compétences humaines de ses auteurs et les relations tissées dans le milieu de l’érudition pour publier quelques centaines de nouveaux titres qui s’articulent autour des thèmes suivants :

 

  • La question des origines : langues, langages et écritures
  • La construction des savoirs avec l’esprit pour matière
  • Le discours critique : réappropriations et confrontations
  • L’aventure de la raison et les canons de vérité
  • Sources et ressources : références et libertés
  • La tolérance heuristique entre mémoire et déni
  • Textualismes et oralité.

 


Une affaire de spécialistes ?

     Parallèlement, l’explorateur est devenu ethnologue, le savant est devenu chercheur de métier, le mathématicien ne s’occupe plus guère de philosophie. L’esprit encyclopédique d’Eugène Goblet d’Alviella ou de James G. Frazer tend à se perdre au profit d’une accumulation de savoirs spécialisés. Le dernier « grand savant orientaliste », Georges Dumézil, est mort en 1986. La recherche devient « pointue », axée sur des objectifs précis avec des procédures ressemblant parfois à celles des sciences « exactes », perdant le « charme » de sciences humaines « non exactes ». Le cercle des lecteurs s’en resserre d’autant.

     Dans ce contexte, les portes de notre librairie restent ouvertes à tout un chacun, spécialiste, bibliophile ou simple curieux, pour le guider dans la découverte de notre production. Nos ouvrages documentés et originaux nous semblent être un véhicule de connaissances permettant une réflexion plurielle et un enthousiasme éclairé.

Historique

     Paul Geuthner naquit dans une famille protestante de Prusse à Schkeuditz, petite ville proche de Leipzig, en 1877. Très jeune, il fut placé en apprentissage chez le grand éditeur Otto Harrassowitz à Leipzig et entra ainsi dans le monde du livre pour ne plus en sortir. À l’âge de 18 ans, il travailla chez Wesley & Weldon à Londres mais, ne pouvant y réaliser ses ambitions, il se rendit à Paris à l’âge de 23 ans. D’abord employé à la librairie Welter, il s’installa à son compte en 1901. En 1910, il prit la nationalité française et rencontra, au cours d’arabe de l’École Nationale des Langues Orientales Vivantes, Walburga Ort-Seidl, une jeune femme originaire de Prague qui l’assista dans ses travaux et devint son épouse.

     La librairie Geuthner se trouva d’abord rue de Buci, ensuite rue Mazarine, puis au numéro 13 de la rue Jacob de 1911 à 1934. Si la librairie Geuthner ne fut jamais une librairie générale, elle se spécialisa encore plus et abandonna le droit, la politique et les études médiévales au profit de l’orientalisme. Elle prit alors le nom de ‘Librairie Orientaliste Paul Geuthner’.

     Son activité fut interrompue par la Première Guerre Mondiale. Mobilisé en 1914, Paul Geuthner fut envoyé en Afrique du Nord, en Algérie puis au Maroc, où un officier comptant parmi ses clients parisiens le présenta au Maréchal Lyautey. Ce dernier l’invita à participer à la création de la Bibliothèque de la Résidence de Rabat. C’est ainsi que Paul Geuthner posa les fondements de ce qui devint la Bibliothèque Générale de Rabat.

     À Paris, l’année 1922 constitua un nouveau tournant pour la librairie : Georges Ort-Geuthner, fils adoptif de Paul Geuthner issu d’un premier mariage de Walburga Ort-Seidl, après des études d’égyptologie et un doctorat en grammaire démotique, prit en main la gestion de l’établissement et focalisa l’activité sur l’édition. En 1934, la librairie déménagea au 12 rue Vavin. Le développement de la librairie fut rapide jusqu’en 1940 qui vit la mort soudaine de Georges Ort-Geuthner. Paul Geuthner reprit alors la gestion de la librairie et épousa en 1946 Anne Pélikan qui, à son tour reprit les rênes de la maison (en collaboration avec Georges Mondange) en 1949, à la mort de son mari.

     En 1982, Marc Frédéric Seidl-Geuthner, neveu de Paul Geuthner, reprit la direction des éditions jusqu’en 1998 où, suite à des difficultés financières de la librairie, un groupe de bibliophiles libano-français décida de redonner un nouveau souffle aux éditions en créant la ‘Société Nouvelle Librairie Orientaliste Paul Geuthner’. C’est alors Myra Prince qui prit la direction de la maison.

Valeur patrimoniale

     La valeur patrimoniale des éditions Geuthner réside dans son apport en termes de diffusion de la connaissance et des cultures du monde. Elles ont donné naissance à des fleurons de la culture savante tels que la revue Babyloniaca créée en 1907 avec la collaboration de Charles Virolleaud, en 1920 la Revue des Études Arméniennes, la revue d’art et d’archéologie Syria en 1921, la reprise en 1926 du Journal des Savants, la plus ancienne revue littéraire et scientifique européenne créée en 1665, la reprise du Journal Asiatique créé en 1822, la Revue des Études Islamiques fondée en 1927 avec la participation de Louis Massignon et faisant suite à la défunte Revue du Monde Musulman, en 1928 le revue de philologie et d’archéologie égyptiennes et coptes Kêmi avec la collaboration de Pierre Montet.

     D’autres revues et collections plus récentes ont vu le jour comme les publications du GLECS (Groupe Linguistique d’Études Chamito-Sémitiques), Les Geuthner essentiellement consacrés à des rééditions d’ouvrages classiques, Orients sémitiques pour des études historiques et théologiques concernant les civilisations sémitiques, de Kêmi à Birit Nari qui, à la suite de la revue Kêmi, met en perspective l’égyptologie avec l’assyriologie et l’étude du monde biblique, Contribution à l’histoire sociale économique politique et culturelle du proche orient ancien concernant des archives administratives mésopotamiennes, ou encore, le dernier fleuron de la maison que sont les Études Syriaques qui s’enrichissent chaque année d’un nouveau volume traitant un aspect nouveau de l’histoire et de la culture des communautés chrétiennes syriacisantes : les liturgies, le monachisme, l’hagiographie, l’historiographie, les apocryphes, etc.


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